Facebook ou les nouvelles facettes de la politique en ligne
Par Netpolitique, mercredi 10 octobre 2007 à 08:43 :: Netpolitique France :: #772 :: rss Tags : facebook
Ça y est, c'est la rentrée et, comme prévu, la "Facebook mania" a envahi la France, le site est venu en quelques mois chatouiller les pieds de Myspace en tête des sites les plus visités de France.
Facebook, en chiffres :
Selon l'étude publiée récemment par FaberNovel Consulting, Facebook compte 42 millions d'utilisateurs actifs, dont 127 000 en France (l'étude ne prend en compte que le network "France"), ce sont des jeunes mais pas seulement (31% des utilisateurs de Facebook seraient dans la tranche 18-24 contre 41% pour les plus de 35 ans). La plateforme bénéficie en outre de bonnes statistiques de fréquentation avec 20 minutes passées en moyenne sur le service.
"Le militantisme en ligne a outre-Atlantique une longueur d'avance"
Nous l'avons vu, dans la campagne US, les réseaux sociaux ne sont pas utilisés en dilettante, ils ont été ajoutés aux autres outils de la campagne en ligne, officialisés, de réseaux en réseaux certains candidats ont obtenu une vraie popularité sur Myspace, Facebook, et autres. Certains contenus ou publications sont exclusivement adaptés à leurs utilisateurs.
Par exemple, Barack Obama n'est pas en tête des sondages mais bénéficie du soutien le plus important sur ces nouveaux réseaux, 161000 amis sur Myspace, 32000 conctacs sur Facebook. Un des groupes de supporters les plus importants du candidat a été créé par une étudiante de 21 ans. Le dossier en 5 chapitres de Jordan Ricker intitulé "Facebook : la politique 2.0" nous en apprend plus :
"Un autre groupe très important soutient le sénateur de l'Illinois : Students for Barack Obama, créé par Meredith Segal, 21 ans, en 2006. Devenu un organe politique structuré, il compte des dizaines de milliers de membres, des comités dans plus de 80 universités, un directeur des opérations de terrain, un directeur Internet, un directeur de l'équipe de bloggers et un directeur des finances. (...) Le groupe organise des manifestations qui réunissent plusieurs milliers de sympathisants, et auxquelles participe parfois Obama lui-même."C'est aussi le cas d'Hillary Clinton, cet article du Figaro en fait état :
"la sénatrice de New-York utilise Facebook pour se constituer une base de supporters mobilisables rapidement et de recueillir en temps réel leurs réactions à ses interventions ou propositions"A ce stade il est certain que les réseaux sociaux jouent un rôle important dans la campagne U.S. : fédérateurs, rassembleurs, Facebook comme Myspace semblent être de bons moyens d'étendre la visibilité d'un candidat et de créer plus rapidement qu'ailleurs des communautés de soutien. Pour autant, ces "amis" seront-ils convertis en bulletins de vote ? pas si sûr.
Impact des réseaux sociaux sur les intentions de vote
Les premières études sur l'influence des réseaux sociaux sur les intentions de vote des internautes américains vont pourtant dans ce sens :
"53% de la population déclarent être plus suceptibles de voter pour un candidat après avoir checké son profil Facebook, MySpace ou autres (62% de ces personnes ont plus de 30 ans)."Si selon ces études il semblerait y avoir un certain lien de proportion entre le nombre de soutiens et le pourcentage de voix obtenues, l'impact réel resterait au final limité. Il s'agirait plus d'un indice qualitatif que quantitatif, à la manière d'un indicateur de tendances.
Les réseaux sociaux : "chambres d'écho et porte-voix efficaces de l'opinion"
Si Facebook ne permet pas à lui tout seul de peser sur le résultat d'un scrutin, il devient "une phénoménale chambre d'écho et un indicateur performant des préférences des citoyens pour une cause ou un candidat". Il est certain d'autre part que les premières initiatives bénéficieront de l'aura médiatique qui semble déjà exister autour du support et, un peu comme Second Life pendant la campagne pour la présidentielle : les politiques ne devraient pas en faire l'économie. Valerio Motta, le secrétaire national du MJS, fait d'ailleurs sur Facebook à peu près le même commentaire que Benoît Thieulin sur SL : l'intérêt futur de Facebook résidera surtout dans sa bonne médiatisation.
Voyons de plus près les avantages que peut apporter l'utilisation de Facebook en politique, quelques pistes de réflexion :
- Un plus grande proximité entre l'élu et ses sympathisants
Toujours chez Fluctuat :
"Au-delà de la communication de campagne, l'activité des candidats sur ces sites les rendent, en apparence au moins, plus accessibles, authentiques. Elle peut aussi initier la discussion entre les sympathisants, intégrer leurs préoccupations politiques à une vie sociale en ligne dynamique, faciliter les connections et encourager la participation hors-ligne."Facebook permet de créer un lien de proximité très important entre le militant et celui qu'il supporte, notamment grâce au newsfeed, qui informe chaque utilisateur de la moindre des actions en ligne de ses contacts. L'effet réseau est démultiplié grâce à de nombreuses applications basées sur le lien social ("socialistic" par exemple), "une combinaison diablement efficace de communication push non-invasive" nous explique t-on chez Netpolitique. Bien sûr, condition sine qua non, le succès de l'opération résidera dans l'implication réelle du candidat sur le support : il faut, comme avec le blog, en comprendre les codes et les usages, il faut jouer le jeu ("having a Facebook profile doesn't automatically make you cool"), tenir un discours cohérent, tout en soignant ses interventions, bref "habiter" la plateforme pour être crédible (on sait que la sanction du réseau peut être sévère et que les groupes "anti" sont parfois plus vite créés que les groupes "pro"). Il faut y être actif pour exister, c'est une activité chronophage pour un élu : hyperconnectivité, techno-dépendance, voilà les dangers qui le guettent.
- Des usages inédits :
Les Démocrates britanniques se servent déjà de la plate-forme pour définir leur programme. En France, la première initiative du genre est à attribuer à Christophe Grébert : ce dernier propose de réfléchir à la création d'un e-parti, qui "utilisera à plein les outils Web 2.0", et utilise la plate-forme pour les premiers débats. Le nom de domaine "e-parti.fr" nous redirige directement vers le groupe sur Facebook.
- Un support pour une action locale
En France, c'est à Paris que ça commence : Bertrand Delanoë (947 "friends") et Anne Hidalgo sont les premiers à avoir fait parler d'eux. L'idée vient de militants locaux qui se sont inspirés de la "netscouade" de Ségolène Royal. Les premiers billets autour de leur présence sur Facebook font aussi état d'une proximité avec leurs supporters et leurs pairs, ils sont symptomatiques. Car au delà des anecdotes, des groupes naissent et s'activent localement. Avec des applications comme "Neighborhoods" ou "Where I am ?", l'outil semble en outre bien adapté à la formation de communautés géographiques.
- pour le marketing politique ?
Selon cet article de CNN, les utilisateurs du réseau représenteraient une partie de la population, les jeunes et jeunes adultes, traditionnellement difficile à cibler parce que dispersée.
Le cas est légèrement différent en France : les étudiants, ces "early adopters" (cf. FaberNovel), sont dans une phase de découverte et semblent pour l'instant plus utiliser Facebook pour sa fonction première (se "socialiser", retrouver d'anciennes connaissances, etc.) que pour s'impliquer dans un groupe quel qu'il soit (participer aux discussions, publier du contenu, s'engager), certains comme Natacha QS, qui est citée en exemple dans l'étude de FaberNovel, ont un petit train d'avance sur les usages.
- Pour sonder l'opinion et analyser sa communauté
Facebook pourrait jouer le rôle de thermomètre, voire de support d'analyse profonde de sa communauté. Mais là encore, tout reste à faire et c'est un travail immense. Imaginez la somme d'informations à traiter, analyser, et interpréter (A supposer qu'elles soient mises à disposition volontairement) : messages publics, relations entre supporters, préférences, réactions à tel ou tel propos.
- Pour rassembler ses supporters
Facebook permet plus, à l'heure actuelle, de recruter des supporters que des électeurs potentiels. La plupart des partis français possèdent leurs groupes, cf ma note publiée sur Facebook
certains de ces groupes ont été actifs pendant les législatives (ou la présidentielle) et sont maintenant à l'abandon, d'autres ont été créés par des supporters depuis l'étranger, la plupart par des étudiants (cf. l'âge moyen des "creators"), initiatives de supporters, de militants ?Le groupe le plus important en terme de membres est celui de l'UMP avec 757 adhérents (contre 570 début septembre), le PS arrive en seconde position avec ses 375 membres, 293 pour le Modem. Cela dit, aucun de ces groupes n'a officiellement été désigné comme Le groupe du parti.
Au final, notons que s'il parait facile de récolter plusieurs centaines de supporters rapidement (quand il faut plusieurs mois pour constituer une mailing list bien ciblée), encore faudrait-il évaluer le degré d'implication et d'engagement au delà du support. Certes, il est facile de "rejoindre" un groupe, mais il faut aussi noter que la plupart des internautes s'incrivent sur le service avec leur identité réélle (nom + prénom), ce qui représente déjà en soi une forme d'engagement sur la Toile.
- et pour les fédérer autour d'un évènement
Facebook pourrait devenir efficace pour communiquer sur un évènement, grâce à un aspect viral bien développé. On peut rapidement créer un groupe et lancer les premières invitations, ceux qui hésitent voient en un coup d'oeil ceux qui ont déjà accepté, ceux qui ne seront pas présents mais qui étaient invités, c'est l'effet boule de neige.
(billet contribué par Palpitt)

Lors de la conférence